Park Life de Yoshida Shuichi

 

 

Ce petit roman est une bouffée d’air pur dans la vie affairée et raisonnable des citoyens de XXIe siècle que nous sommes. Un air venu du parc de Hibiya à Tôkyô, où l’on pénètre sur les pas d’un jeune employé légèrement excentrique, et soudain  » l’exhalaison de terre et d’herbe vous chatouille les narines ». Là, il croise une triathlonienne consommatrice de bains moussants, rencontre un vieil homme qui fait voler un capricieux aérostat rouge, rêve, médite, s’exerce à chambouler la perspective pour voir le monde autrement.

Il arrive que s’y nouent des idylles, à peine plus tangible que le bruissement des pigeons qui s’envolent.

Ce récit a le charme des parenthèses qui s’ouvrent parfois dans la vie pour laisser entrer l’enchantement, comme un léger vertige teinté de déraison.

La ville n’est pas loin, les buildings cernent l’horizon, mais dans cet espace clos et protégé, se jouent les menues aventures qui donnent son goût unique à l’existence, la petite musique d’un grand parc au coeur d’une immense capitale.

Park Life a été couronné en 2002 du prix Akutagawa, le Goncourt japonais.

 

Extrait :

En empruntant cet escalier un peu sombre, on débouche derrière l’îlot de police du parc. Si, pour y pénétrer, on enjambe la barrière basse à côté des toilettes publiques, on respire un autre air que dans l’enceinte du métro, l’exhalaison de terre et d’herbe vous chatouille les narines.

Une fois entré, j’ai marché le plus possible tête baissée.

Tout en m’efforçant de ne pas regarder au loin, j’ai avancé dans le sentier qui entoure la mare de Shinji, passé les allées de ginkgos et le petit kiosque à musique, et pénétré dans le square au grand jet d’eau. Les pigeons s’y acharnent à donner des coups de bec dans la nourriture. Veillant à ne pas leur marcher dessus, j’ai traversé le square pour aller m’asseoir confortablement à l’un des bancs autour du jet d’eau.

Il ne faut surtout pas relever trop vite la tête. J’ai d’abord desserré ma cravate, siroté une gorgée de café en cannette que j’avais acheté dans une boutique du métro. Juste avant de relever la tête, il vaut mieux fermer les yeux, même quelques secondes.

Après avoir respiré lentement et profondément, j’ai levé la tête d’un seul trait et écarquillé les yeux. Quand j’écarquille soudain les yeux, le grand jet d’eau, les arbres d’un vert foncé et l’Hôtel Impérial, qui présentent respectivement un paysage proche, à mi-distance et éloigné, font brusquement irruption dans mon champ visuel en chamboulant la perspective. C’est dur pour mes yeux habitués aux étroites voies souterraines. La tête me tourne. Je savoure un léger état de transe. Je ne sais pourquoi, les larmes me montent parfois aux yeux. Mais, paradoxalement, si j’en recherche la cause exacte, ma griserie s’estompe et elles sèchent aussitôt.

 

Mon avis :

Park Life est une promenade au coeur d’une zone très urbaine, un poumon d’air pur où quelques habitués viennent  tous les jours y poser leurs pas.

Aucune intrigue, juste un regard sur les autres… Le narrateur, nous ne connaîtrons jamais son nom y rencontre une jeune femme, pendant plusieurs jours ils vont échanger ou plutôt juste effleurer « l’autre », le temps s’écoule tout en douceur.

Un instant de grâce ce livre, une sorte de poésie urbaine, une nouvelle perception du monde qui nous entoure.

J’ai refermé cet « album photo » avec une pointe de regret, la promenade était délicieuse.

 

 

park life

 

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