La Bénédiction inattendue de Yôko Ogawa

Honami Koetsu

 

Quelle est cette étrange forêt des mots dans laquelle l’écrivain ne cesse de se perdre ? Sous différentes voix, à différents âges, la narratrice de ce recueil découvre la nécessité d’écrire et se confronte à la mystérieuse alchimie de la création.

De la fascination d’une convalescente pour le destin d’un petit champion de natation à l’erreur d’une romancière se présentant spontanément à son lecteur, des écrits d’une enfant solitaire à l’inquiétude d’une mère pour un chien aux yeux tristes, de l’empreinte délicate d’une aile de papillon à la réminiscence d’un sentiment perdu, ce livre raconte avec poésie et subtilité comment naissent les histoires.

 

Extrait de la nouvelle : « L’échec de mademoiselle Kiriko »

 

Au cours des vacances d’été de mes onze ans, je reçus un stylo à plume, cadeau de mon père qui avait fait un voyage d’un mois en Europe pour son travail. En argent, fin, de fabrication suisse.

Quand on enlevait le capuchon, apparaissait une plume carénée bien polie, tellement belle à regarder que les battements de mon cœur se précipitaient, tandis que sur le corps dont la courbe élégante s’adaptait parfaitement à ma main étaient gravées les initiales YH.

C’était la première fois de ma vie que je recevais un cadeau autre que des jouets, et comme aucun autre enfant de mon entourage n’utilisait de stylo à plume, j’eus l’impression de sauter d’un coup dans le monde des adultes. J’étais persuadée qu’il me suffisait de l’avoir à la main pour déployer une énergie particulière.

Je fus prise d’une envie irrépressible d’écrire, n’importe où et n’importe quand. Je mentis à ma mère en lui disant qu’il me fallait des manuels d’entraînement à l’écriture des caractères chinois afin qu’elle me donne de l’argent. En rentrant de l’école, je laissais tomber mon cartable et me dirigeais droit vers mon bureau où mon premier geste était d’enlever le capuchon de mon stylo.

Le cas échéant, je me rendais compte que je n’avais aucune idée de ce que je voulais écrire, mais cela ne me décourageait pas. Je trouvais que ce n’était pas un problème important. L’instant où l’encre suintait, le frottement de l’extrémité de la plume sur le papier ou l’enchaînement des caractères qui remplissaient l’espace entre les lignes étaient beaucoup plus essentiels à mes yeux.

 

Mon avis :

Au fil des sept nouvelles de ce petit bijou, la narratrice (nous ne saurons jamais son nom) nous entraîne dans son monde intérieur. Pour elle, l’écriture d’un roman ressemble à une forêt dense, profonde, sans bruits sauf le bruit de ses pas à la recherche des mots.

Lire Yôko Ogawa revient à ouvrir de nombreuses fenêtres sur un monde magique. Des pages et des pages d’instants de grâce et de poésie, on referme ses livres toujours surpris, ébloui et heureux. Elle possède ce don rare d’emmener le lecteur dans son monde onirique dans lequel il faut saisir chaque fil et se laisser guider en douceur.

J’ai eu particulièrement de gros coups de cœur pour « L’échec de mademoiselle Kiriko », « Edelweiss » et la dernière nouvelle de cet ouvrage « Résurrection ».

Un auteur à (re) découvrir et à suivre absolument…

 

La Bénédiction inattendue

Un peu de musique…

Sakura

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