Amours de Léonor De Récondo

486149_301044749995783_2144174554_n

Nous sommes en 1908 . Léonor de Récondo choisit le huis clos d’une maison bourgeoise, dans un bourg cossu du Cher, pour laisser s’épanouir le sentiment amoureux le plus pur – et le plus inattendu. Victoire est mariée depuis cinq ans avec Anselme de Boisvaillant. Rien ne destinait cette jeune fille de son temps, précipitée dans un mariage arrangé avec un notaire, à prendre en mains sa destinée. Sa détermination se montre pourtant sans faille lorsque la petite bonne de dix-sept ans, Céleste tombe enceinte : Cet enfant sera celui du couple, l’héritier Boisvaillant tant espéré.

Comme elle l’a déjà fait dans le passé, la maison aux murs épais s’apprête à enfouir le secret de famille. Mais Victoire n’a pas la fibre maternelle, et le nourrisson dépérit dans le couffin glissé sous le piano dont elle martèle inlassablement les touches.

Céleste, mue par son instinct, décide de porter secours à l’enfant à qui elle a donné le jour. Quand une nuit Victoire s’éveille seule, ses pas la conduisent vers la chambre sous les combles.

Les barrières sociales et les convenances explosent alors, laissant la place à la ferveur d’un sentiment qui balayera tout.

Extrait 1 :

Dans le jardin, ils sont tous là, sauf Anselme qui travaille. Un peu en retrait, loin des parterres de fleurs, ils ont mis les planchettes que Pierre a trouvées. Les boites des corsets ont servi d’allume-feu, il y a aussi des brindilles, de vieux papiers gardés depuis trop longtemps, les journeaux qui se sont entassés tout l’hiver.

C’est un feu de joie, ils sont tous excités de voir les flammes s’élever. Même Huguette, qui avait du mal à cacher son désaccord tant cette idée lui paraissait saugrenue, se prend à sourire. C’est la première à applaudir lorsque Victoire, dans un geste énergique, lance un corset dans le feu.

« Ah vraiment, bravo, madame ! Vous faites bien. Vous allez enfin pouvoir respirer !

    – Et je vais surtout pouvoir m’habiller toute seule ! »

Pierre observe Victoire. Il réalise que cette femme si élégante qui, d’une certaine manière régit leurs vies, est à la merci des mains de sa femme. Comme une enfant chaque matin, elle a besoin d’elle pour se vêtir. Leurs existences à tous sont finalement étrangement imbriquées, c’est ce qu’il comprend tandis qu’elle jette un deuxième corset dans un grand éclat de rire. Ils sont tous dépendants les uns des autres, chacun à sa manière, liés aux us et coutumes, liés à leur rang social.

…/…

Extrait  2:

Huguette, saisie par la beauté de cette musique, reste sur le pas de la porte avec son plateau. Elle écoute et, surtout, elle remarque la gravité du visage de Victoire, complètement absorbée par la délicatesse avec laquelle les notes sortent de ses mains. Poser doucement la pulpe de ses doigts sur la touche, appuyer juste ce qu’il faut pour en avoir l’âme blessée. Juste assez pour, en plein jour et à l’intérieur de soi, ouvrir la porte de la chambre de Céleste, assez pour écouter le piano égrener leur histoire, les devancer, assez pour s’émouvoir d’avoir une âme si sensible, une âme qu’elle découvre à peine. Se laisser porter par le flot des triolets. Ces notes enfermées dans une partition depuis de si longues années et qui, aujourd’hui, la révèlent profondément. …

Mon avis :

Amours au pluriel dans ce très beau roman. D’une écriture ciselée, délicate et sensuelle, Léonor de Récondo nous entraîne dans un huit clos derrière les murs d’une maison bourgeoise en province.

Anselme, le maître de maison, notaire de son état, exerce un « droit de cuissage » avec Céleste la jeune bonne de la maison qu’il finira par engrosser. Victoire son épouse découvre l’état de Céleste et prends son destin en main, elle décide de ne pas la renvoyer en échange de son enfant qu’elle élevera comme le sien.

Amours, une histoire de secrets, d’un mariage arrangé, du dégoût à la libération des corps, une histoire d’amour maternelle à une histoire d’amour charnelle entre deux femmes. Une histoire où toutes les conventions volent en éclats, un ouvrage où toutes les femmes restent dignes et fortes lors des grandes tempêtes de la vie.

Léonor comme l’archet sur son violon, de son écriture musicale nous entraîne sur la partition magistrale de l’amour avec brio pour aboutir au final absolument superbe où l’amour est porté au plus haut par la seule force de la bien nommée Céleste…

Un roman de toute beauté à lire absolument.

index

Publicités

3 réflexions sur “Amours de Léonor De Récondo

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s