Mes départs de Panaït Istrati

 

images.jpg 2

 

 

Gamin dans une ville roumaine le long du Danube, le narrateur rêve d’aventures et d’horizons lointains.

Curieux et débrouillard, il découvre le monde à travers son dictionnaire universel et travaille dans une taverne jusqu’au jour où les circonstances le poussent à quitter son pays. Il s’embarque en rêvant de la France…

 

 

Extrait 1:

 

Tout enfant est un révolutionnaire. Par lui, les lois de la création se renouvellent et foulent aux pieds tout ce que l’homme mûr a édifié contre elles : morale, préjugés, calculs, intérêts mesquins.

L’enfant est le commencement et la fin du monde ; lui seul comprend la vie parce qu’il s’y conforme, et je ne croirai à un meilleur avenir que le jour où la révolution sera faite sous le signe de l’enfance. Sorti de l’enfance, l’homme devient monstre : il renie la vie, en se dédoublant hypocritement.

L’humanité a-t-elle tiré quelques enseignement de tout ce que la création lui fait entendre depuis des milliers d’années?

Aujourd’hui, tout comme au moyen âge et dans l’antiquité, aucun corps social constitué ne comprend la vie, nulle législation ne la protège ; l’arbitraire et la sottise règnent plus que jamais.

Créature fragile, toute vibrante d’émotivité, tout assoiffée de vie, l’enfant est encore livré aux brutes humaines, ignorantes et crevant d’égoïsme, qui lui cassent les reins dès qu’il tombe en leur pouvoir. Comment saurait-elle, cette face bestiale, que l’enfant est un début de vie friand de la lumière du jour, du bruissement des arbres, du clapotis des vagues, de la brise caressante, du gazouillement des oiseaux, de la liberté des chiens et des chats qui courent la rue, de la campagne embaumée, de la neige qui le brûle, du soleil qui l’étonne, de l’horizon qui l’intrique, de l’infini qui l’écrase ?  Comment se douterait-il que l’enfance peut seulement pendant cette saison là jeter les fondations de cet édifice humain dont l’existence sera précaire dans le bonheur même ? Fondations qui doivent être faites de bonté et uniquement de bonté, si l’on ne veut pas que tout l’édifice dégringole dans l’abîme.

 

 

Extrait 2 :

 

Je ne compris pas tout de suite ce que voulaient dire les mots Dictionnaire Universel ; mais en feuilletant au hasard, je sentis mes joues s’empourprer de plaisir ; termes scientifiques et néologismes que j’avais rencontrés dans les journaux et sur lesquels je passais navré, je les trouvais ici rendus à ma compréhension. Les quelques expressions qui s’éclairèrent aussitôt pour moi mirent en branle mon intelligence, m’apportèrent du soulagement au cerveau et de la joie au coeur.

Nous étions seuls. Le Capitaine me regardait, le visage épanoui. Muet de bonheur, je pris sa main droite et la baisai avec une filiale reconnaissance, puis je courus à mon lit et cachai le volume sous l’oreiller, parmi le linge.

Dorénavant, la sainte « bible » de mon adolescence -le livre d’heures que je n’ai plus lâché dix ans durant et que j’ai sauvé de toutes les catastrophes- devait m’accompagner sur tous mes sanglants chemins et devenir, souvent, dans une existence d’enfant tourmenté, mon unique source de bonheur spirituel. Que de fois, grelottant dans mon lit pendant des heures, je dus affronter le froid et me lever pour chercher mon dictionnaire où je l’avais laissé par négligence ; il ne m’était plus possible de passer sur un mot au sens obscur pour moi.

Plus de cafard ! Chez Kir Léonida, aucune fatigue, aucune brutalité, aucune pensée noire ; rien de devait plus vaincre ma décision de travailler et de supporter la vie. Un homme brisé venait de me mettre entre les mains un trésor : chaque page contenait un monde de connaissances : chaque mot m’ouvrait des horizons dont je ne doutais guère. Et puis, cette merveilleuse découverte que je venais de faire tout seul de l’arrangement des mots classés par  ordre strictement alphabétique et qui suscita en moi l’ambition de tomber d’un coup, sans tâtonnements, à l’endroit précis où se trouvait le mot que je cherchais ! Souvent, les surprises que me révélait ma « bible étaient plus fortes que le besoin de trouver un mot, et ma lecture, et la taverne avec ses infamies, et le temps qui m’était mesuré au compte-gouttes, et je glissais, dans un enchaînement passionné, d’une page à l’autre, d’une science à une autre science, d’une philosophie à une autre philosophie, d’un événement historique connu à moitié à un autre que j’ignorais totalement, d’une biographie qui m’ébahissait à une autre qui m’arrachait des larmes, sans cesse renvoyé au début du volume à la fin et du milieu aux extrémités.

 

Mon avis :

 

Sur les bords du Danube dans une ville en Roumanie, pour soulager sa maman très pauvre Panaït décide de devenir garçon de cabaret dans une taverne grecque  sachant très bien qu’il doit ainsi  abandonner son enfance et affronter le monde terrifiant des hommes.

Là, il travaille 19h par jour sans jamais voir le jour, un seul de congé pour  Noël , toujours à exécuter les tâches les plus ingrates et subir les sévices  du cruel « Caissier » le Manant.

Il va se lier d’amitié avec un vieil homme le Capitaine Mavromati, un homme brisé par la vie qui va lui offrir son sésame pour la liberté sous la forme du « Dictionnaire Universel » . Grâce à lui, Panaït va oublier la souffrance du quotidien et découvrir le monde.

Mes départs est un petit livre magnifique, l’auteur nous livre ici ses souvenirs d’enfance parfois cruels et douloureux et porte sur les adultes un regard lucide et sans concession.

Un livre et un auteur à découvrir absolument.

 

 

product_9782070308187_195x320

Publicités

Une réflexion sur “Mes départs de Panaït Istrati

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s