Kitchen de Banana Yoshimoto

 

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Que faire à vingt ans, après la mort d’une grand-mère, quand on se retrouve sans famille et qu’on aime les cuisines plus que tout au monde ? Se pelotonner contre le frigo, chercher dans son ronronnement un prélude au sommeil, un remède à la solitude. Cette vie semi-végétative de Mikage, l’héroïne de Kitchen, est un jour troublée par un garçon. Yûichi Tanabe, qui l’invite à partager l’appartement où il loge avec sa mère. Mikage s’installe donc en parasite chez les Tanabe : tombée instantanément amoureuse de leur magnifique cuisine, elle est aussi séduite par Eriko, la « mère » de Yûichi. Eriko, personnage ambigu et pur, transsexuel à la beauté éblouissante, qui, traversant  le  récit comme un soleil éphémère, va bientôt mourir à son tour, de mort violente…

 

Banana Yoshimoto révèle dans Kitchen, à travers une sorte de « minimaliste flou » , une sensibilité nourrie de paradoxe, une sensibilité dans laquelle toute une génération de jeunes Japonais s’est reconnue.

 

Extrait Kitchen :

 

Je crois que j’aime les cuisines plus que tout autre endroit au monde.

Peu importe où elles se trouvent et dans quel état elles sont, pourvu que ce soient des endroits où on prépare des repas, je n’y suis pas malheureuse. Si possible, je souhaiterais qu’elles soient fonctionnelles et lustrées par l’usage. Avec des tas de torchons propres et secs, et du carrelage d’une blancheur éblouissante.

Mais une cuisine affreusement sale me plaît tout autant.

Ce lieu où traînent des épluchures de légumes, où les semelles des chaussons deviennent noires de crasse, je le vois étrangement vaste. Un énorme réfrigérateur s’y dresse, rempli de prov isions suffisantes pour tenir facilement tout un hiver et je m’adosse à sa porte argentée. Parfois je lève distraitement les yeux de la cuisinière tachée de graisse ou des couteaux rouillés : de l’autre côté de la vitre brillent tristement les étoiles.

Restent la cuisine et moi. Cette idée me semble un peu plus réconfortante que de me dire que je suis toute seule.

Quand je suis vraiment épuisée, je songe avec enchantement qu’au moment où la mort viendra, j’aimerais pousser mon dernier soupir dans une cuisine. Seule dans le froid, ou au chaud auprès de quelqu’un, je voudrais affronter cet instant sans trembler. Dans une cuisine, ce serait idéal.

Avant d’être recueillie par les Tanabe, je dormais tous les jours dans la cuisine.

Où que je me mette, j’avais le sommeil agité, et en me laissant dériver de ma chambre vers le reste de la maison, à la recherche d’un endroit plus confortable, j’ai découvert un matin, à l’aube, que c’était près du frigidaire que je dormais le mieux.

 

Extrait Moonlight shadow :

 

Hitoshi, partout où il allait, ne se séparait jamais d’une clochette qu’il avait accrochée à son porte-cartes.

C’était un cadeau insignifiant que je lui avais fait au moment où nous n’étions pas encore amoureux, sans savoir qu’il ne le quitterait pas jusqu’à la fin.

Nous nous étions connus au lycée, en seconde année, lors d’un voyage scolaire où nous étions l’un et l’autre responsables de nos classes respectives. Comme chaque classe devait suivre un itinéraire différent, nous nous étions trouvés ensemble seulement à l’aller, dans le Shinkansen*. Sur le quai de la gare, nous nous étions amusés à nous faire des adieux solennels en nous serrant la main. Me souvenant soudain que j’avais dans la poche de mon uniforme une clochette qui avait glissé du collier de mon chat, je la lui avais donnée en guise de souvenir. « Qu’est–ce que c’est que ça ? » avait-il dit en riant, mais il l’avait pourtant enveloppée avec beaucoup de soin dans son mouchoir. Ce geste était tellement inattendu de la part d’un garçon de son âge que j’en étais restée tout étonnée.

L’amour ça commence toujours comme ça.

Etait-ce parce que ce cadeau venait de moi ? Où parce que Hitoshi était trop bien élevé pour traiter avec négligence ce qu’on lui offrait ? En tout cas, ce geste spontané me l’avait rendu très sympathique.

Cette clochette avait créé un lien entre nous. Ensuite, pendant tout ce voyage où nous n’étions pas ensemble, elle avait  été présente pour l’un et pour l’autre. Chaque fois qu’elle résonnait à son oreille, il pensait à moi et aux jours que nous avions passés à préparer tous les deux ce voyage, et moi je songeais sans cesse à cette clochette qui tintait sous un ciel lointain, et au garçon qui était avec elle; A  notre retour a commencé un grand amour.

 

* TGV japonais

 

Mon avis :

 

Kitchen premier roman de Banana Yoshimoto contient deux nouvelles :

Kitchen , l’histoire étrange de Mikage qui va vivre « en parasite » à la mort de sa grand-mère chez Yûichi Tanabe et Eriko, personnage ambigu, transsexuel « mère » de Yûichi, un soleil de pureté et de beauté . N’ayant plus aucune famille, elle va passer son temps entre la cuisine à  préparer des choses délicieuses à manger  pour eux et  le canapé géant du salon.

La cuisine lieu de d’échange, où l’on parle de ses joies, de ses peines, lieu de reconstruction également …

Eriko, un jour va mourir de mort violente et laisse son fils et Mikage de nouveau confrontés à l’absence, le deuil, la solitude.

Kitchen nouvelle étrange et fascinante, une très belle écriture, une promenade dans un lieu riche de saveurs et d’émotions.

 

Moonlight shadow la seconde nouvelle est un véritable petit  joyau. 

Satsuki vient de perdre son grand amour, tous  les matins elle part faire son jogging, elle fait toujours le même parcours, besoin vitale la menant à un pont enjambant une rivière séparant la ville en deux.

Un matin, elle fait la connaissance d’une jeune fille Urara qui lui donne rendez-vous quelques jours plus tard afin d’assister à un spectacle exceptionnel qui n’a lieu qu’une fois tous les cent ans.

Une porte ouverte sur l’autre monde, une atmosphère onirique, une fois encore l’écriture de Banana Yoshimoto m’a touché, par petites touches, elle aborde des sujets graves, ici la disparition d’êtres chers, d’une façon si délicate, si poétique.

Un livre à lire absolument !  Grand coup de ♥

 

 

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