Océan mer d’Alessandro Baricco

 

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Au bord de l’océan, à la pension Almayer, « posée sur la corniche ultime du monde », se croisent sept personnages au destin étrange et romanesque, sept  naufragés de la vie qui tentent de recoller les morceaux de leur existence.

Mais leur séjour est bouleversé par le souvenir d’un hallucinant naufrage d’un siècle passé et la sanglante dérive d’un radeau. Et toujours, la mer, capricieuse et fascinante…

Avec une époustouflante maîtrise, Alessandro Baricco nous offre à la fois un roman à suspense, un livre d’aventures, une méditation philosophique et un poème en prose.

 

Extrait 1:

 

Sur le rebord de la fenêtre de Bartleboom, ils étaient deux, cette fois, à être assis. Le petit garçon habituel. Et Bartleboom. Les jambes pendant, au-dessus du vide. Le regard pendant, au-dessus de la mer.

– Ecoute, Dood…

Dood, c’était le nom, au petit garçon.

– Toi qui es toujours ici…

– Mmmmmh.

– Tu dois savoir le savoir. toi.

– Quoi?

– Où il sont, les yeux de la mer ?

– …

– Parce qu’elle en a, hein ?

– Oui

– Et où diable est-ce qu’ils sont, alors ?

– Les bateaux.

– Comment ça les bateaux ?

– Les bateaux sont les yeux de la mer.

Il en reste pétrifié, Bartleboom. ça vraiment, il n’y avait jamais pensé.

– Mais des bateaux, il y en a des centaines…

– Et elle, elle a des centaines d’yeux. Vous ne voudriez quand même pas qu’elle doive se débrouiller avec deux.

Effectivement. Avec tout ce qu’elle a à faire. Et grande comme elle est. Il y a un certain bon sens, là-dedans.

– Oui, mais alors, excuse-moi…

– Mmmmh.

– Et les naufrages ? Les tempêtes, les typhons, toutes ces choses… Pourquoi avalerait-elle tous ces bateaux, si c’étaient ses yeux ?

ll a presque l’air impatienté, Dood, quand il se tourne vers Bartleboom et dit

– Et vous…vous ne les fermez jamais, vos yeux ? Fichtre. Il a réponse à tout, cet enfant.

 

Extrait 2 :

 

Le vieil homme marche sur le sable, et il a encore plus de mal, mais ça n’a pas d’importance, il ne veut pas s’arrêter et, puisqu’il ne s’arrête pas, il finit par arriver devant la mer. La mer. Les gens cessent de chanter, ils s’arrêtent à quelques pas du rivage. Maintenant, il a presque l’air encore plus seul, le vieil homme, et il met un pied devant l’autre lentement, comme ça, et il entre dans la mer, tout seul, il va dans la mer. Quelques pas, jusqu’à ce que l’eau lui arrive aux genoux. Son vêtement, trempé, s’est collé autour de ces jambes toutes maigres, rien que la peau et les os. La vague avance puis repart en arrière, et il est si mince, lui que tu croirais qu’elle va l’emporter. Mais non, il reste là, comme planté dans l’eau, les yeux fixés devant lui. Les yeux droit dans ceux de la mer. Silence. Plus rien ne bouge, aux alentours. Les gens retiennent leur souffle. Un sortilège.

Alors

le vieil homme

baisse les yeux,

plonge une main

dans l’eau

et

lentement

dessine

le signe

d’une croix.

Lentement. Il bénit la mer.

Et c’est quelque chose de gigantesque, il faut que vous essayiez d’imaginer ça, un vieil homme faible, un geste de rien, et tout à coup la mer immense parcourue d’une secousse, la mer tout entière, jusqu’à son horizon ultime, elle tremble, elle bouge elle fond, et dans ses veines se diffuse le miel d’une bénédiction qui ensorcelle chacune de ses vagues, et tous les bateaux du monde entier, les tempêtes, les abysses les plus profonds, les eaux les plus sombres, les hommes et les animaux, ceux qui sont en train d’y mourir, ceux qui ont peur, ceux qui à ce moment-là la regardent, envoûtés , terrorisés, bouleversés, heureux, marqués, quand tout à coup elle penche sa tête, l’espace d’un instant, la mer immense, et n’est plus énigme, n’est plus ennemie, n’est plus silence mais fraternelle, refuge paisible, spectacle pour des hommes sauvés. La main d’un vieil homme. Un signe, sur l’eau. Tu regardes la mer, et elle ne te fait plus peur. C’est fini.

 

Mon avis :

 

La pension « Almayer » « posée sur la corniche ultime du monde », sept chambres, sept naufragés et  la mer…

La mer de Thomas et Savigny, histoire cruelle, histoire de naufrage, de survie et de vengeance.

La mer d’Elisewin, qui va à sa rencontre pour ne pas mourir.

La mer d’une très belle femme, solitaire, venue au bord du monde pour oublier son aimé.

La mer d’un professeur qui étudie l’endroit où l’eau s’arrête et qui veut écrire l’Encyclopédie des limites observables dans la nature, avec un supplément consacré aux limites des facultés humaines. Il écrit également de longues lettres d’amour pour une femme dont il n’a pas encore fait connaissance …

La mer d’un peintre qui jette ses toiles…

La mer d’un homme qui attend…

La mer d’un prêtre qui écrit des prières…

La mer d’un mystérieux occupant de la septième chambre qu’on ne voit jamais…

Des enfants dont le prénom commence par D, enfants anges, enfants fantômes, qui accompagnent les âmes perdues…

Livre magnifique, une fois encore Alessandro Baricco  nous livre dans ce récit la magie des mots, la danse du vocabulaire.

Je n’ai qu’une envie c’est de lire à voix haute,  régulièrement, des fragments de l’histoire pris au hasard. C’est beau, l’émotion est là, à chaque page, la mer toujours présente, qui donne, qui prend, qui fascine, qui passionne, qui emprisonne, telle une maîtresse jalouse.

 

 

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