Le chat qui venait du ciel de Hiraide Takashi

 

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Voici un roman touché par la grâce, celle d’un chat « si petit et si frêle qu’on remarquait tout de suite ses oreilles pointues et mobiles à l’extrême ».

Quand un jeune couple emménage un jour dans le pavillon d’une ancienne demeure japonaise, il ne sait pas encore que sa vie va s’en trouver transformée. Car cette demeure est entouré d’un immense et splendide jardin, et au coeur de ce jardin, il y a un chat. Sa beauté et son mystère semblent l’incarnation même de l’âme du jardin, gagné peu à peu par l’abandon, foisonnant d’oiseaux et d’insectes.

Tout le charme infini de ce livre tient dans la relation que le couple va tisser avec ce chat qui se fond dans la végétation exubérante pour surgir inopinément, grimpe avec une rapidité fulgurante au sommet des pins gigantesques, frappe à la vitre pour se réconcilier d’une brouille. Un charme menacé, car ce qui éveille en nous la beauté et appelle le bonheur est toujours en sursis…

 

Extrait 1 :

 

A côté du tokonoma du salon s’ouvrait une fenêtre en saillie. Devant le shôji qui laissait filtrer la délicate lumière de la lune, Chibi, ventre aplati, prêt à bondir, attendait qu’on fasse rebondir sur la table basse destinée à la lecture la petite balle, qu’il renvoyait d’un geste vif. C’était à ce demander si leur jeu aurait une fin.

A part les lumières du pavillon habité et la lampe de l’entrée qui restait allumée la nuit pour décourager les voleurs, la lune arrivait à peine à dessiner les contours. Dans la demeure vaguement sombre, la minuscule balle blanche rebondissait avec de légers claquements secs. Et la petit masse vivante qui la poursuivait, baignée dans le clair de lune, se métamorphosait en perle de nacre.

 

Extrait 2 :

 

Par un après-midi de la fin du mois de juillet où le soleil dardait ses rayons, je sortis dans le jardin et portai les yeux vers les rochers qui bordaient l’étang. Les libellules ne s’y trouvaient pas. Comme je l’avais fais naguère, j’ai frappé dans mes mains, deux fois, légèrement. Alors, quelque part, l’air a vibré, imperceptiblement, une silhouette transparente et limpide a volé dans ma direction. A voir ainsi l’insecte s’approcher , comme joyeux de cet arc que tendait le jet d’eau, voletant en tout sens, j’ai su que c’était lui.

 

Tout en évitant soigneusement les fils tissés par une araignée, lui aussi semblait avoir pris farouchement ses habitudes dans ce jardin d’un bout à l’autre, ce jardin de plus en plus abandonné. Un idée me vint subitement, je fermai le tuyau d’arrosage. Abandonnant la formation d’un courant d’eau, je levai l’index de ma main gauche. La libellule tournoya en un tour complet à mi-distance. Puis elle s’approcha très vite, tourna juste devant mes yeux, à peine avais-je eu le temps de voir le petit cercle qu’elle traçait, elle vola en direction du doigts tendu et s’y posa.

 

Mon coeur a bondi de joie, en même temps j’ai retenu mon souffle. Oui, décidément, c’était bien lui. Ce fut un moment fugitif, mais qui dura longtemps. Au milieu du jardin qui se préparait à ne plus recevoir la visite de personne, ce jardin qui de façon presque troublante était éloigné des regards proches, il avait posé sur mon doigt ses quatre ailes transparentes et ses deux yeux proéminents.

 

Mon avis :

 

Premier roman autobiographique d’Hiraide Takashi, le chat qui venait du ciel, nous entraîne dans un japon qui à la mort de l’Empereur va entrer dans une ère nouvelle.

C’est une magnifique promenade, un livre de contemplation dans une bulle de poésie.

Le temps s’écoule lentement rythmé par les visites de Chibi, ce chat d’une beauté magique, l’âme fragile d’un immense jardin. Mais le temps passe, le temps des deuils arrivent, d’abord le mari de la propriétaire de ce jardin, ensuite un ami poète qu’il va accompagner sur le chemin de la maladie pendant quatre mois jusqu’à sa mort.

J’aime ce bref passage qu’écrit notre narrateur :

« Je songe maintenant qu’il est par trop cruel de mourir quand on n’a pas dépassé la trentaine. C’est ce que je pense aujourd’hui, mais le plaisir que j’éprouvais alors au contact de ce poète porté par la crête de la vague qui oscille entre le salut et l’irréparable était tel que sur le moment j’oubliais tout.

Il va falloir déménager, mais impossible de s’éloigner de cette bulle qu’est le « passage de l’éclair », le couple ne veut pas quitter ce chat venu des étoiles…

Je n’en dirais pas plus, ce livre est un tableau qui se dessine sous la plume poétique d’Hiraide Takashi, ce chat, qui ne miaule jamais, par sa présence va bouleverser la vie de ce couple comme la mort de l’Empereur va bouleverser le Japon.

 

 

 

 

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Chillout Quiet Moods Japanese Flute Meditation Music :

http://www.youtube.com/watch?v=0lNXMkUBsaQ

 

 

 

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