Soleil couchant de Osamu Dazai

 

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Une femme de l’aristocratie nippone doit quitter pendant la guerre son hôtel particulier de Tokyo pour aller vivre modestement dans un petit chalet de montagne.

Sa fille, Kazuko, mobilisée, travaille la terre. Son fils, Naoji, revient de la guerre intoxiqué par la drogue.

Le frère et la soeur se durcissent contre le malheur des temps et clament leur révolte et leur désespoir.

Tels sont les « gens du Soleil couchant » (lancée par Osamu Dazai, cette expression a fait fortune au Japon, au point de qualifier aujourd’hui , jusque dans les dictionnaires, les membres déchus de l’aristocratie).

En dépit de leur vie inquiète et désordonnée, ils ont gardé les meilleures traditions de leur pays. A cet égard, le testament de Naoji éclaire de façon émouvante son attitude devant la vie et devant le Japon.

Kazuko veut un enfant, et sa foi en la vie force la sympathie, en dépit de ses écarts de conduite, de tout le nihilisme de son comportement et de son langage. Elle et son amant sont les « victimes d’une période de transition morale »

Document de première importance sur l’effondrement d’une société, Soleil couchant est aussi -et c’est ce qui donne à l’oeuvre son accent dramatique si personnel- un document sur un homme en qui l’on s’accorde à reconnaître l’un des plus grands écrivains de son pays.

 

 

 

 

Extrait :

*

« Les vrais aristocrates ne prennent pas cet air sot qu’affectionne Iwashima. Maman est la seule aristocrate de notre famille. Elle en est le vrai symbole. Elle a un ton, un maintien qu’aucun de nous ne peut égaler ».

La manière de manger le potage, par exemple. On nous a enseignés à nous pencher légèrement sur notre assiette, à prendre un peu de soupe en tenant de côté notre cuiller, puis à la remonter pour la porter à la bouche toujours en la tenant de coté. Mère, pour sa part, pose délicatement les doigts de sa main gauche sur le bord de la table et se tient parfaitement droite, en gardant la tête haute et les yeux juste assez baissés pour apercevoir son assiette. Elle plonge sa cuiller dans la soupe et, comme une hirondelle -avec tant de grâce et de précision qu’on peut réellement user de cette image – elle porte sa cuiller à sa bouche dans l’angle voulu pour que la soupe glisse entre ses lèvres. Puis, jetant des regards innocents alentour, elle fait voler sa cuiller exactement comme une petite aile, sans jamais renverser une goutte de potage ni faire le moindre bruit, ni en avalant une gorgée ni en heurtant son assiette. Cette manière de manger sa soupe n’est peut-être pas conforme à l’étiquette ; mais, pour moi elle est absolument charmante et en quelque sorte caractérisque de l’aristocratie.

 

Extrait 2 :

 

– Je bois par désespoir. La vie est trop dure à supporter. La misère, la solitude, les entraves, ça vous brise. Chaque fois qu’on entend les soupirs sinistres que lancent les quatre murs qui nous entourent, on sait qu’il n’existe pas une chance de bonheur pour soi. Quels sentiments croyez-vous qu’un homme puisse avoir quand il réalise qu’il ne connaîtra jamais le bonheur ni la gloire, aussi longue que dût être sa vie ? Travaux forcés. Il en résulte tout juste de quoi nourrir des bêtes de proie affamées. Il existe trop de gens pitoyables… Est-ce encore une attitude ?

– Non.

– Non, c’est l’amour. Exactement comme vous l’avez écrit dans vos lettres.

– Oui.

Mon amour s’était éteint.

Quand il fit légèrement clair dans la chambre, j’examinai la figure de l’homme qui dormait à côté de moi. C’était celle d’un homme près de mourir. C’était une figure exténuée.

La figure d’une victime. Une noble victime.

Mon homme. Mon arc-en-ciel. Mon enfant. Homme haïssable. Homme sans principe.

Cette figure me parut alors avoir une beauté sans pareille dans le monde entier. Mon coeur battit avec une sensation d’amour ressuscité. Je l’embrassai en caressant ses cheveux.

 

Mon avis ;

 

Histoire triste qui raconte la déchéance d’une famille d’aristocrates.

Kazuo est divorcée pour adultère et vit avec sa mère dans leur hôtel particulier, mais à la fin de la guerre la mère se retrouve ruinée.

D’une position sociale élevée, elles se retrouvent toutes les deux dans un modeste chalet, Kazuo travaillant la terre et découvrant le plaisir du travail manuel et sa mère souffrante, essayant de garder à tout prix les traditions et sa dignité.

Kazuo ne s’entend pas avec son frère et celui ci de retour à la maison, reprend une vie dissolue, entre la drogue, l’alcool et les femmes dilapidant ainsi le peu d’argent qu’il reste.

A la mort de la mère, Naoji sombre de plus en plus et fini par se donner la mort.

Son testament adressé à Kazuo est très émouvant à lire et nous en dit  un peu plus sur  les secrets de l’âme humaine.  

Seule Kazuo aura la force de survivre à ce grand bouleversement et sera porteuse d’espoir pour l’avenir.

J’ai été conquise par l’écriture admirable de Osamu Dazai, le récit est cruel, mais magnifique.

Un livre à découvrir absolument.

 

En savoir un peu plus sur l’auteur :

 

Né en 1909 dans une riche et puissante famille du Japon, Osamu Dazai a mené jusqu’à sa mort une vie folle et désespérée. Morphinomane, tuberculeux et alcoolique, il tentat plusieurs fois de se suicider.

Auteur d’une excellente nouvelle, la femme de Villon, parue en 1947, puis de ses deux romans principaux, Soleil couchant et Le disqualifié, il avait commencé un autre roman à épisodes sous le titre anglais de Good Eye. En 1948, il réussit enfin à se tuer en se jetant dans les eaux débordantes du barrage Tamagawa, à Tokyo. Par une sorte d’ironie, son cadavre fut découvert le jour de son trente-neuvième anniversaire le 19 juin.

 

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