Zones de turbulence de Aliza Claude Lahav

 

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Les femmes viennent de Vénus, dit-on. Dans les nouvelles d’Aliza Claude Lahav, les résumer à cela serait complétement réducteur.

Ses personnages nous viennent d’horizons parfois lointains, parfois brumeux. Mais ils se battent tous pour exister dans le présent. Cela est incontestable pour ces femmes qui mues par un sentiment puissant, violent, décident de lutter contre cette inéluctabilité de façade et tentent de renverser l’inertie omniprésente des préjugés et des idées reçues.

Aliza Claude Lahav plonge sa plume dans l’encre la plus noire du coeur des hommes et, avec elle, illumine le trajet et la vie des personnages, s’en servant comme carburant pour refuser leurs destinées toutes tracées.

Découvrez ses univers mêlant habilement fiction et vérités, pour un voyage sur vénus où tout n’est pas si rose.

 

Extrait de »Egarement » :

 

J’imagine que personne ne voudra me croire mais s’il est vrai que j’ai commis ce geste, il n’était pas prémédité ; du moins j’aime à le penser.

J’étais restée prostrée près du corps durant des heures, sans pouvoir ni bouger ni parler ni même penser d’une manière cohérente. Rien ne m’avait préparée à vivre cet épisode, je n’étais pas de nature belliqueuse, je n’avais pas un tempérament particulièrement violent. J’étais, comme tout le monde, quelquefois hors de moi contre le gouvernement ou les administrations ou les voisins, mais rien de plus et cette colère n’avait jamais, jusqu’à ce jour, été traduite en actes. Je ne saurais dire qui m’a découverte et sortie de ma demi-inconscience, je sais seulement que j’étais sous le choc et que je n’en suis pas encore tout à faire revenue malgré le temps qui passe et nous sépare du jour fatidique. Je ne sais pas exactement qui j’étais, je sais seulement que je ne serai plus jamais la même.

 

Je ne connaissait pas l’homme auprès duquel j’avais été retrouvée, du moins je n’en avais aucun souvenir. J’ai refait sa connaissance bien après sa mort. C’était un homme de corpulence moyenne, d’une quarantaine d’années, ses cheveux bruns et ondulés couronnaient un visage bien dessiné aux pommettes saillantes. Je me souviens très nettement avoir capté son regard d’un bleu très foncé juste avant qu’il ne s’éteigne, puis plus rien ; les paupières s’étaient baissées comme un store qui protège de l’éblouissement du soleil. Durant l’enquête policière, j’appris qu’il était célibataire et qu’il m’avait aimée… De quel amour pouvait-il s’agir pour que mort s’ensuive ?

 

 

Extrait de « Errance » :

 

Ce matin-là, il faisait très froid, un léger crachin annonçait le plein de l’automne et rafraîchissait le fond de l’air. Je traversai la petite place du village où le vent tournait en rond par bourrasques plus ou moins fortes suivant les saisons. En ce mois d’octobre, les quelques arbres étaient privés de leurs dernières feuilles, le son cristallin et vif de la petite fontaine dont le jet restait pareil à lui-même nuit et jour, donnait un note de gaîté insolite.

 

La femme était là, devant moi, je ne l’aperçus que lorsque j’arrivai près d’elle. Allongée sur un banc, les yeux fermés, sans mouvement aucun, complètement inanimée. Un visage aux traits fins, un nez long et étroit, une bouche étonnement charnue et pulpeuse, des paupières délicates, presque transparentes, des pommettes saillantes, un teint de porcelaine raffinée, comme celle de chine que l’on n’ose à peine toucher. Est-elle morte ? Ou vivante ? Agonisante peut-être ? Soudain elle souleva doucement les paupières et me fixa sans que pour cela ses prunelles ne fassent aucun mouvement. Son regard me transperça, froid comme une banquise, puissant et précis, rebelle ; et puis tout à coup il devenait celui d’un enfant abandonné, triste et misérable. Je restai devant elle, stupéfiée, intriguée… Cette femme a-t-elle donc passé la nuit sur ce banc ? A moitié dévêtue, dans ce froid ? Elle a l’air si fragile.

 

J’étais mal à l’aise mais à la fois curieuse et conquise, compatissante, prête à lui tendre la main. Dans un mouvement ralenti elle se leva, dépliant ses membres un à un comme si un marionnettiste invisible l’animait avec dextérité, mais sans lui enlever de sa rigidité. Elle me fixait mais ne me voyait pas, j’étais transparente.

 

 

Mon avis :

 

Aliza Claude Lahav avec beaucoup de pudeur et de talent nous livre ici un très beau regard sur ‘ »La Femme » au travers de deux nouvelles. 

Dans « Errance »,  Colette  est découverte près du corps d’un homme, la mémoire envolée, affrontant le regard des autres et surtout  celui de son mari Sylvain mais également celui de son ami de toujours Julien . Qui est cet homme mort qui semble l’avoir aimé….  Nous retrouvons ici  toute la complexité des relations Hommes/Femmes et  des sentiments humains.

 Dans « Egarement »  une femme menant une vie très discrète dans un petit village avec dans le coeur des souvenirs douloureux  découvre le même jour, une femme sur un banc et un bébé déposé devant son magasin. Le passé refait surface, ses souvenirs volent en éclats et se libèrent enfin ! Cette  rencontre va éclairer de nouveau sa vie.

 

Zone de turbulence un livre à découvrir sans attendre paru aux Editions Elenya. 

 

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 * Source photo inconnue

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