La solitude de l’ours polaire de Louis Stéphane Ulysse

 

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« Je m’arrête de faire ce que j’ai à faire et je regarde le ciel. Il tourne au-dessus des vies, il avance et roule sur lui-même, et je me dis que nos vies seraient plus simples si elles vivaient comme lui. Le ciel vit sur une route sans fin, peuplée de tourments, de bouillons, d’apaisements, mais il se désole parce que rien ne vit dans son territoire, et rien ne vit en lui… Parfois un nuage noir passe sur nos silhouettes isolées comme un lent bombardier… »
Sous le ciel-couvercle, les individus se poussent à la perte, perdent, se perdent et vivent dans le deuil de ce qu’ils ont perdu. Ils dérivent, pareils à des icebergs perdant toute consistance dans le réchauffement climatique. L’onirique flirte avec le cauchemardesque. Avec La solitude de l’ours polaire, Louis Stéphane Ulysse nous parle d’amour et de désir dont on ne sait que faire.
 
 
 
Extrait 1 : 
 
« J’ai peur. J’ai peur qu’un matin elle ne se réveille pas ; j’ai peur de sa place vide dans le lit, c’est pourquoi je n’aime pas sa façon de respirer : trop fragile, trop légère, comme un souffle qui ne tient qu’à un fil. Je me lève, je descends les escaliers, et dans le salon, j’attends que la peur s’éloigne. J’essaye de croire que tout reviendra comme avant, comme quand nous étions innocents, comme quand nous faisions tout, sans savoir ni conscience. Je peux rouler sous la pluie battante, rouler jusqu’à ne plus savoir où je suis, ni où je vais, seulement éclairé par la foudre.  Je peux passer la nuit à chercher des affiches d’Hawaii pour les arracher, en me disant que nos vies peuvent encore changer. Je me cogne contre les murs, je me déchire dans la boue… Un soir, je me suis arrêté au bord de la route qui domine la vallée. Il y avait toutes ces lumières en contrebas, et je regardais le monde sans moi. »
 
 
Extrait 2 :
 
 
« … C’étaient les images de la veille qui nous avaient donné envie d’aller le voir. Un iceberg géant s’était détaché de la banquise pour traverser l’océan. C’était devenu courant, ces dernières années, mais ça fascinait toujours autant, et quand ça se produisait, on faisait même des paris en se demandant jusqu’où irait l’iceberg, et dans quel état… Cette fois, en prime, il y avait un ours polaire dessus. Il tournait en rond, piégé, prisonnier sur son bout de glace. Au fur et à mesure de sa dérive, il perdait en consistance. Sa fourrure et toute la densité de sa chair avaient perdu de leur cruauté. »
 
 
Mon avis :  
 
Encore une belle surprise… Une écriture qui nous emmène dans un monde onirique de désir et de douleur à l’image de cet ours polaire à la dérive sur son iceberg. 
Un homme emmène sa femme voir un mystérieux Hawaii, le lendemain le silence s’installe dans le couple, nous ne saurons jamais ce qui s’est vraiment passé cette fameuse nuit… puis soudain l’absence… La dérive commence tout doucement, d’abord l’attente, le vide et la douleur, celle qui n’a pas de mots, celle qu’on ne peut pas partager au début.
 
Louis-Stéphane Ulysse d’une écriture onirique que j’aime particulièrement  nous entraîne dans les méandres des sentiments humains et nous parle d’amour, un livre à découvrir absolument.
Un dernier passage dont la musique des mots a parfaitement résonné à mon oreille au cours de la lecture :
 
« Un soir, enfant, je m’étais perdu sur les berges dans la nuit. Je ne retrouvais plus le chemin de la maison. D’étranges racines sortaient de la boue pour m’enlacer. Par-delà les grillons, des voix venues des arbres m’appelaient avec douceur. Il y avait des formes vivantes et lumineuses là-bas, au loin, sur le fleuve… Petite lueur dansante qui me ramène au présent… Je regarde ma femme marcher devant moi comme si je n’existais plus pour elle, une femme sous une autre influence, murée dans sa nuit… »
 
Vous avez également en accompagnement de l’eBook une magnifique BO de Caroline Duris en parfait accord avec le texte à découvrir et à écouter encore et encore.
 
Je remercie encore une fois Franck-Olivier Laferrère pour sa confiance ainsi que Les éditions E-FRACTIONS.
 
 
 
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**source photo inconnue
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