La femme des sables de Abé Kôbô

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Un professeur parti à la découverte de quelque insecte des sables échoue dans un petit village du fond des dunes -village dont il ne pourra plus sortir. Comme les autres habitants, le voilà prisonnier du sable : le sable qui envahit tout, qui s’infiltre dans la moindre fissure et qu’il faut sans répit rejeter. Particulièrement dans le trou où est tapie la maisonnette qu’il habite en compagnie d’une femme fruste, vraie maîtresse-servante, Jour après jour, mois après mois, l’homme et la femme rejettent le sable. Cet esclavage est la condition même de leur survie. Lassé de cette routine, l’homme tentera de s’échapper, de retrouver sa liberté…

Ce roman exceptionnel, traduit dans le monde entier, a été couronné au Japon par le Prix Akutagawa en 1962 et le Prix du Meilleur Livre Etranger en France en 1967.

 

 Kôbô Abé est né en 1924. Après des études de médecine, il se tourne vers la littérature. Auteur de poèmes, de plusieurs pièces de théâtre et d’ouvrages de science-fiction, il est surtout connu pour ses romans. Citons L’Homme-boîte, La Face d’un autre et Le Plan déchiqueté, tous publiés en France aux Editions Stock. Kôbô Abé est mort le 22 janvier 1993.

Extrait :

« Maison déjà à demi-morte, se dit-il ; maison saisie par les tentacules du sable qui sans fin continue de couler ; maison aux viscères à demi-déchirés par la morsure du sable… Du sable, de ce rien qui n’a, pour l’ordinaire, qu’un huitième de  millimètre, et qui, hors son grain élémentaire, ne possède même pas de forme propre… De ce rien qui s’appelle sable, de ce sans-corps et dont pourtant le pouvoir destructeur est tel que rien n’est capable de lui faire front, rien au monde… A moins que… qui sait? de ne pas avoir de forme ne soit précisément ici le privilège, l’expression la plus haute de force en soi !… »

(…)

 

Mon avis :

Alors pour moi, ce fut une grande découverte ce roman à la fois envoûtant et angoissant.

Un professeur part à la recherche d’insectes et disparait. Il arrive près d’un village ou le sable envahit les maisons, s’incruste partout et où chaque nuit les habitants doivent creuser et  le rejeter pour ne pas finir enfouis. Les habitants lui tendent un piège et il se retrouve prisonnier dans un trou  de sable seul avec une femme  qui accepte tout de lui, ses cris, ses violences, ses désirs…

Le sable « Prison » au final, pas de retour possible, il faut lutter pour survivre... Accepter enfin l’autre afin de ne plus être seul.

Roman au décor minimaliste, pesant mais fascinant avec le sable comme personnage central.

 

 » La femme dormait parfaitement nue. Dans son champ visuel tout embrumé de pleurs, la femme apparaissait comme une ombre flottante. Elle dormait à même la natte, couchée sur le dos, et, à l’exception du seul visage, le corps entier tout découvert. Le bas-ventre était ferme, tendu, avec, de chaque côté, un pli étranglé ; et la main gauche, si légèrement, y reposait. […] Sur l’entière surface du corps, une couche de sable à fine texture posait, on eût dit, une tunique aussi fine et souple qu’une membrane. Noyant les détails, le sable détachait, en les forçant et en les magnifiant, les courbes où se révèle et s’offre l’éternité de la femme. A s’y méprendre, sous son placage de sable, la Femme des sables était, au regard, devenue Statue…  » A. K.

 

A découvrir le Trailer du film absolument sublime aussi :

Suna no onna — original Japanese trailer

 

 

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