Mr Gwyn d’Alessandro Baricco

10300098_647013048713361_8693443404529931415_n

*

 

Romancier britannique dans la fleur de l’âge, Jasper Gwyn a à son actif trois romans qui lui ont valu un honnête succès public et critique. Pourtant, il publie dans The Guardian un article dans lequel il dresse la liste des cinquante-deux choses qu’il ne fera plus, la dernière étant : écrire un roman.

Son agent, Tom Bruce Shepperd, prend cette déclaration pour une provocation, mais, lorsqu’il appelle l’écrivain, il comprend que ça n’en est pas une : Gwyn est tout à fait déterminé. Simplement, il ne sait pas ce qu’il va faire ensuite. Au terme d’une année sabbatique, il a trouvé : il veut réaliser des portraits, à la façon d’un peintre, mais des portraits écrits qui ne soient pas de banales descriptions.

Dans ce but, il cherche un atelier, soigne la lumière, l’ambiance sonore et le décor, puis il se met en quête de modèles. C’est le début d’une expérience hors norme qui mettra l’écrivain repenti à rude épreuve.

 

Qu’est-ce qu’un artiste ? s’interroge Alessandro Baricco, dans ce roman intrigant, brillant et formidablement élégant. Pour répondre à cette question, il nous invite à suivre le parcours de son Mr Gwyn, mi-jeu sophistiqué mi-aventure cocasse. Et, s’il nous livre la clé du mystère Gwyn, l’issue sera naturellement inattendue.

 

 

Extrait :

 

Toutefois, au fil des jours, il commença à sentir peser sur ses épaules une forme singulière de malaise qu’il peina à comprendre au début, et qu’il apprit à identifier seulement au bout de quelque temps ; même s’il était ennuyeux de l’admettre, le geste de l’écriture lui manquait, et avec lui l’effort quotidien pour mettre en ordre ses pensées sous la forme rectiligne d’une phrase. Il ne s’y attendait pas, et cela le fit réfléchir. C’était comme une petite démangeaison qui survenait chaque jour et promettait d’empirer. De fil en aiguille, Jasper Gwyn se demanda s’il n’y avait pas lieu de passer en revue des métiers marginaux dans lesquels il pourrait cultiver la pratique de l’écriture, sans que cela implique nécessaire un retour immédiat aux cinquante-deux choses qu’il s’était promis de ne plus jamais faire.

Des guides de voyage, se dit-il. Mais il lui faudrait voyager.

Il pensa à ceux qui écrivaient les modes d’emploi pour les appareils électroménagers, et se demanda s’il existait encore, quelque part dans le monde, ce métier consistant à écrire des lettres pour ceux qui ne sont pas en mesure de le faire.

Traducteur. Mais de quelle langue ?

Pour finir, la seule réponse claire qui lui vint à l’esprit tenait en un mot : copiste. ça lui aurait bien plu d’être copiste. Ce n’était pas un vrai métier, il en était conscient mais il y avait une étincelle convaincante dans ce mot, qui lui donnait l’impression de chercher quelque chose de précis. Il y avait un secret dans le geste, et une patience dans la méthode — un mélange de modestie et de solennité. Copiste, il ne voulait pas faire autre chose. Et il était sûr de pouvoir le faire très bien.

(…)

 

Mon avis :

 

Mr gwyn auteur à succès établi une liste de cinquante-deux choses qu’il ne ferait plus jamais…

La dernière : écrire des livres.

Il décide alors de devenir « Copiste », écrire des portraits « littéraires » d’hommes et de femmes destinés à eux seuls… Ces portraits sont une sorte de « retour à la Maison »…

D’abord, il plante le décor, une pièce sobre, un fond sonore , il faut vous dire aussi qu’il a été il y a bien longtemps « accordeur de piano », il doit régler l’ensemble des préparations afin d’obtenir l’acoustique et le « toucher » parfait pour son projet. Et bien sûr pour finir, la lumière…. Au plafond, dix-huit ampoules « Catherine de Médicis » destinées à s’éteindre progressivement, la dernière signifiant la fin du portrait.

Mr Gwyn, avec son crayon transformé ainsi en pinceau, nous entraîne ensuite dans un long et beau voyage au cœur de l’âme humaine. Chaque portrait est unique et riche en expérience pour le modèle et notre « copiste ». La fin est surprenante et une fois le livre d’Alessandro Baricco refermé, on regarde à nouveau « le monde » avec un œil tout neuf…

Son écriture musicale et poétique nous laisse à bout de souffle malgré la lenteur et l’observation du temps qui passe, une thématique chère à Alessandro Baricco. C’est un livre séduisant, tendre et magnifique.

 

  « Jasper Gwyn incarne le fantasme de tout écrivain : le désir d’écrire dans une situation de pureté absolue »

Alessandro Baricco

 

ALESSANDRO BARICCO

 

516GuU8aEAL._AA160_

 

La photo en tête de l’article est l’oeuvre deAleksey Kozlov, Photographe et Marina Khlebnikova après recherche sur le net, je n’avais en effet  aucune source.  Pour en découvrir plus sur ces artistes talentueux :

http://peupledepapier.blogspot.fr/2012/09/aleksey-et-marina.html

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s